Des trois partis et de la multiplication des mouvements souverainistes

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Publié dans Le Devoir du 18/01/2013

L’énergie que mettent certains commentateurs publics à railler la multiplication des mouvements souverainistes me fait penser aux p’tits populaires dans la cour d’école qui avaient le micro et qui décidaient de ce dont les autres allaient rire. Ceux qui se faisaient écoeurer par eux introjectaient aussitôt la critique et, sans la remettre en question, se sentaient automatiquement cons.

La critique sort et les souverainistes se sentent automatiquement cons d’être désunis, comme si on avait mis au jour leur plaie la plus puante.

Mais… est-ce que les droitistes sont unis? Et les fédéralistes? Est-ce que les pacifistes ou les environnementalistes sont unis dans un seul parti, dans un seul mouvement? Est-ce qu’on passe notre temps à dire : « Merde, il y a au moins trois partis environnementalistes au Québec, en plus de centaines de groupes environnementalistes, c’est ridicule! » Non. La multiplication des groupes et des mouvements n’est que le signe d’un foisonnement, d’une bonne santé militante. On ne devrait pas avoir de complexes à vouloir travailler avec d’autres gens pour la réalisation d’un désir précis (celui du pays) sans rechercher à s’entendre sur autre chose. Les souverainistes n’ont d’ailleurs aucune difficulté à parler d’une seule voix lorsque l’unique question en jeu est celle de la souveraineté, comme ils l’ont fait pendant la campagne référendaire de 1995. On s’entend sur un seul petit mot, « oui », et le tour est joué. Pas de discussions interminables sur s’il devrait y avoir des bécosses sur les terrains de camping sauvage des parcs nationaux d’un Québec souverain. S’il y a plusieurs mouvements souverainistes, c’est simplement qu’il y a plusieurs « sortes » de Québécois qui sont souverainistes, et c’est une maudite bonne nouvelle.

Mais bon, il y a la stratégie. Il nous faudra bien un parti souverainiste majoritaire à l’Assemblée nationale. Comment y arriver avec trois partis qui se font concurrence? Avec une composante de proportionnelle dans notre mode de scrutin et en militant comme il faut, on pourrait obtenir une majorité d’élus souverainistes à l’Assemblée nationale sans que ces élus aient besoin d’être tous du même parti. Ces élus représenteraient d’ailleurs beaucoup mieux les souverainistes de toutes tendances qu’un Parti Québécois dont l’appel de ralliement lancé aux souverainistes se résume à peu près à : « C’est nous les plus gros! ».

Sauf que cette composante de proportionnelle, le « plus gros » n’en veut plus depuis qu’il l’a retirée de son programme en 2011, pour la première fois depuis 42 ans. Donc, soit nous tentons de réunir dans un complexe programme unique toutes sortes de gens qu’une seule idée unit réellement, soit nous fournissons un effort pour mettre au pouvoir un parti qui promet de réaliser cette réforme de la proportionnelle (ON ou QS). Oui, ces partis sont petits et ça pourrait prendre du temps, mais on sait les Québécois capables de grands retournements rapides. Nous sommes comme cet oncle un peu silencieux qui ne se fâche presque jamais lorsqu’on l’écoeure mais qui parfois explose et impose tout à coup le respect dans un grand frette libérateur.

Et puis, n’en déplaise à notre amour pour la simplicité, il y a une raison pour laquelle trois partis souverainistes existent. Ils rassemblent des gangs différentes, des vraies gangs, séparées par une question de personnalité, presque d’identité. C’est de l’humainerie. Bon, maintenant attelez-vous, je vais généraliser. Je sais que c’est très mal. Mais ça me permet d’avancer une hypothèse qui a tout de même du bon sens, je trouve.

Le PQ, c’est l’opportunisme. Ce n’est pas pour être pas fine, c’est vraiment ce que je pense. Il y a le moment opportun. Il y a aussi la carrière politique, la meilleure des carottes dans ce monde où on se définit avant tout par le travail. Je ne condamne personne, nous sommes tous sensibles aux carottes. J’ai vécu une nuit d’insomnie le jour où un député du PQ a fait la route Montréal-Québec juste pour me coopter. J’aurais peut-être une job de députée aujourd’hui, moi, artiste qui tire le yâble par la queue et qui n’a pas fini de rembourser ses dettes d’études. Au matin, c’était pourtant trop clair : mes carottes à moi, ce sont davantage la passion, l’authenticité et l’aventure que la carrière. Ce que je veux faire, c’est travailler pour vrai à l’indépendance du Québec, parce que, dans mon calcul subjectif, je me dis que si je vis ce jour-là dans ma vie, je serai extra-riche (un jour comme ça, c’est sûr qu’il figure parmi les 5-6 grandes choses auxquelles ont pense en souriant sur notre lit de mort). Une autre militante se sera fait cruiser de la même manière que moi et aura fait l’autre choix. Quant à QS, en espérant ne pas soulever la susceptibilité de mes amis solidaires, je pense qu’il comprend des indépendantistes désabusés de l’opportunisme péquiste qui, si ON avait existé au moment où ils ont rejoint les rangs de QS, auraient choisi ON (mais on ne quitte pas ses amis militants aussi facilement). D’autres Solidaires sont de vrais amoureux de la justice sociale qui ne voient pas toujours très clairement ce qu’il y a d’intéressant dans l’indépendantisme et sont turnés off par tout discours identitaire (et pourtant, quel plus délicieux rempart contre les ravages du capitalisme que la culture et l’identité! Mais bon, je me tais).

Tout ça pour dire que les partis attirent des types de gens différents et que ce sont ces différences qui rejaillissent dans le fiel des ostinages inter-partisans, autant sur facebook que dans les hautes sphères politiques, de la même manière que ce sont toujours les 2-3 mêmes différences fondamentales qui sont à l’origine d’à peu près toutes les chicanes d’un couple. Oui, il y a les idées et elles comptent pour beaucoup. Mais il ne faut pas oublier que les humains sont des humains et qu’ils sont loin (oh mon dieu combien loin) d’être à 100% rationnels.

Je ne veux décourager personne quant aux possibilités d’union des partis souverainistes. Je suis sûre que ces derniers pourraient élaborer des stratégies intelligentes qui représenteraient une win-win situation. Je milite d’ailleurs pour un parti qui est officiellement prêt à collaborer, voire à fusionner avec tout autre parti qui sera aussi clairement souverainiste que lui. Mais je pense qu’on va s’ostiner entre nous tant qu’on n’aura pas laissé tomber l’idée selon laquelle il faut être une gang monolithique. Nous ne sommes pas une gang monolithique. Ce qu’il faut, c’est que tous les souverainistes soient représentés à l’Assemblée nationale pour que toutes les tendances puissent travailler ensemble sur ce qui les unit vraiment, sans renier le reste de leur personnalité. C’est infiniment plus démocratique. Et pour ça, il faut absolument un mode de scrutin plus proportionnel. Ça fait que si vous êtes souverainiste, mettez donc ça sur votre liste d’épicerie lorsque vous éplucherez les plateformes électorales la prochaine fois.

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5 avis sur « Des trois partis et de la multiplication des mouvements souverainistes »

  1. En matière de multiplication des mouvements, la palme revient à mon sens aux conservateurs du Québec, PCQ, aussi en course à la chefferie présentement. On n’a qu’à se rappeler leur substantielle opposition au ralliement de l’ex-ADQ à la Coalition pour l’avenir du Québec l’an dernier en janvier. J’ai suivi attentivement d’Alexa. Au lendemain de la fusion, ils n’ont pas su se regrouper autour de Luc Harvey. Ils ont fait beaucoup moins bien qu’ON le 4 septembre dernier; ça s’explique, par autant de visibilité du chef et moins de dynamisme des militants que je salue.

    En élection de transition après 8 ans de PLQ, le PQ en septembre était la solution raisonnable pour un électorat dont l’âge moyen voisine maintenant les 50-55 ans. Entre nous, c’était la solution la moins pire avec plus de candidats en mesure de former le gouvernement d’alternance et une première, une femme première première ministre. Dans cette situation, le retrait de la proportionnelle du programme était opportun pour le parti même s’il ne se devait pas.

    Préparons sagement la prochaine transition et alors, pas d’élection avant 4 ans. Sauf peut-être une partielle quand le PLQ aura son nouveau chef, le PCQ aussi et Jean-Martin Aussant s’accommoderait du comté mis en disponibilité. Au PLQ l’initiative. Maintenant au pouvoir, je dirais plutôt en charge qu’au pouvoir, le PQ peut se rétracter et s’entendre avec la CAQ pour la prochaine. QS est pour, Aussant autant.

    La proportionnelle est une mesure qui améliorerait notre démocratie, c’est certain, mais j’en connais une autre qui le ferait davantage en réduisant notre iniquité intergénérationnelle, l’exercice du vote chez les moins de 18 ans. Ils en ont le droit depuis la charte enchâssée dans notre constitution canadienne en 1982. Corrigez-moi si je me trompe. Pour un portrait de la situation désuet de six ans :

    http://membre.oricom.ca/robertlachance/gens190307.html

    Je ne vois pas pourquoi les parents n’exercent pas ce droit pour leurs enfants comme ils se prévalent pour eux de leur carte de l’Assurance maladie, de leurs allocations familiales et de leurs autres droits.

  2. Ping : » Juge mon rêve Juge mon sandwich

  3. Avant de quitter le Québec, en 1981, j’étais partisan de la proportionnelle: le PLQ avait bien, quelques années avant, eu 100 députés avec 45% des voix!
    Puis, j’ai vécu en Italie, où ils avaient la proportionnelle depuis la Guerre. En fait, c’étaient toujours les mêmes depuis 50 ans, qui jouaient aux chaises musicales avec la table du Conseil. A la proportionnelle, les électeurs ne peuvent jamais renvoyer un politicard dans ses foyers. Il sont là à vie! Qui est élu? Les têtes de liste. Qui décide de qui est en tête de liste? Les têtes de liste. C’est une arnaque où les électeurs se font fourrer en payant eux-mêmes le KY.
    S’il faut faire quelque chose, je dirais que c’est une variante du système allemand: des sièges de circonscription, comme maintenant au Qc, et des députés élus à la proportionnelle pour compenser les écarts. Sauf que je préconise qu’ils soient tirés au sort: le Loto, comme ça, les proportions sont respectées, et les chefs de partis sont court-circuités.
    Ce n’est pas par hasard que les Athéniens considéraient le tirage au sort comme la forme la plus démocratique possible!

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